Écrire avec une intelligence artificielle : une collaboration à assumer
- Agence MC WEB

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Dr JP CHEMLA et Me B. ZANDOTTI
Une partie du travail intellectuel qui nourrit désormais ces colonnes — dépouillement de pièces volumineuses, vérification de références bibliographiques, mise en forme de fiches de cas — est réalisée avec le concours d'une intelligence artificielle. Beaucoup d'auteurs, dans bien des disciplines, taisent aujourd'hui ce recours, par prudence ou par pudeur. J'ai choisi le contraire, pour une raison simple : la façon dont on produit un texte scientifique ou médico-légal fait partie de ce qui en garantit la valeur. La dissimuler revient à priver le lecteur d'une information qu'il est en droit d'attendre.
Pourquoi recourir à l'intelligence artificielle dans le cadre des publications de ce site ? Parce que ce travail a une texture particulière, qui s'y prête directement. Il faut absorber sans en perdre la substance des rapports d'expertise de plusieurs dizaines de pages, des dires, des jugements, des conclusions successives. Il faut vérifier, référence par référence, l'exactitude d'une citation bibliographique — auteurs, année, revue, pages —, tâche fastidieuse, chronophage, et donc précisément celle où l'erreur ou l'approximation s'installent le plus facilement sous la pression du temps. Il faut enfin appliquer, de façon strictement uniforme sur des dizaines de pages, une règle d'anonymisation dont le moindre relâchement compromettrait la confidentialité d'un dossier. Ce sont là des tâches où un outil patient, méthodique et sans fatigue rend un service réel — non pas en se substituant à l'auteur mais en libérant du temps.
Comment, alors, organiser cette collaboration sans en subir les risques ? La règle que j'impose est simple à énoncer, plus exigeante à tenir : l'intelligence artificielle lit, restitue, propose un premier jet, vérifie une référence — mais ne décide jamais seule de ce qui est vrai, pertinent, ou publiable. Chaque fait avancé est confronté aux pièces sources. Chaque référence bibliographique est revérifiée de façon indépendante auprès d'une source primaire avant de figurer dans un texte ; celle qui ne peut pas l'être en est purement et simplement écartée, jamais citée sous réserve. Chaque document produit est relu intégralement, page par page, avant diffusion. Le jugement médical et juridique, la qualification d'une faute ou d'un aléa, la responsabilité du propos final : tout cela reste, sans partage, du ressort de l'auteur humain. L'intelligence artificielle y tient le rôle d'un collaborateur de recherche méticuleux, jamais celui d'un coauteur doté d'un jugement propre.
L'intérêt de cette méthode, une fois ce cadre posé, est réel. Des fiches de cas plus nombreuses et régulièrement publiées. Une bibliographie rigoureuse. Une anonymisation appliquée avec une constance qu'une relecture humaine seule garantit plus difficilement. Ces gains ne doivent rien masquer des risques : une intelligence artificielle mal encadrée peut inventer une référence et rien ne remplace la vigilance de celui qui reste responsable du texte publié sous son nom.
C'est précisément pour cela que la transparence me paraît devoir être la norme, et non l'exception, dans ce type de collaboration : dire comment un texte a été produit n'affaiblit pas sa valeur, il permet au contraire au lecteur d'en apprécier la fiabilité en connaissance de cause. Sur une plateforme dont la mission est de rapprocher le droit et la médecine au service de la confiance et de la prévention des litiges, il serait singulier de taire, dans la fabrication même de ce contenu, la rigueur qu'on y revendique par ailleurs. La question n'est donc plus vraiment de savoir s'il faut recourir à l'intelligence artificielle dans le travail intellectuel médico-légal. Elle est de savoir si l'on soumet sa production à la même exigence qu'on demanderait à n'importe quel collaborateur humain. À cette condition tenue, il n'y a rien à cacher — et beaucoup à assumer.

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